« Quand on aime la recherche, on ne peut pas la laisser de côté »

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De Grenoble à la Californie en passant par le Canada, Pauline Rullière est une scientifique qui aime les défis. Lauréate du prix l’Oréal UNESCO en 2013, elle a participé à plusieurs recherches sur le cancer à partir de molécules naturelles.

Ancienne chercheuse à l’Université Paul Sabatier Toulouse III et scientifique pluridisciplinaire, Pauline Rullière est une référence en chimie organique et biotechnologie. Elle nous parle de son parcours, ainsi que du rôle des femmes dans le monde scientifique.

 

Quelle est votre formation de scientifique ?

Au départ, j’ai fait une classe préparatoire et j’ai une formation d’ingénieure à l’école Polytechnique, mais j’avais toujours en tête de faire de la recherche. Après mon école d’ingénieur, j’ai fait un Master en chimie moléculaire, également à Polytechnique. Dans ce cadre, j’ai fait mon projet de recherche aux Etats-Unis, à l’Université de Californie à San Diego. J’ai passé 6 mois dans un laboratoire américain, avec toute la dynamique qui va avec. Ensuite, je me suis dirigée vers une thèse en sciences, en chimie organique, du côté de Grenoble. 3 ans où j’ai travaillé sur de la synthèse de molécules anti-cancéreuses naturelles. À Grenoble, j’ai développée également pas mal de choses en vulgarisation scientifique, notamment à travers le Prix L’Oréal-Unesco pour les femmes et la science, que j’ai reçu en 2013. J’ai obtenu mon doctorat en 2014, et je suis partie au Canada, car en recherche on a souvent besoin d’une expérience internationale.

 

Quel est votre parcours professionnel ?

Durant 2 ans, à Montréal, j’ai été chercheuse postdoctorale. J’ai fait de la chimie en flux continu, c’est-à-dire des nouvelles technologies que l’on utilise en chimie organique aujourd’hui. Je suis ensuite rentrée grâce à une bourse de retour en France de la Fondation ARC pour la recherche sur le cancer. Il s’agissait d’une grosse collaboration entre des laboratoires de biologie et des laboratoires de chimie, pour étudier une nouvelle fois des molécules anti-cancéreuse naturelles marines. C’est un projet que j’ai débuté à Toulouse, en 2017, et ce pendant 2 ans. Fin 2019, je me suis penchée sur un projet plus proche de l’auto-entreprenariat, pour de la bio-ingénierie en collaboration avec une biologiste. Je me suis intéressée à tout ce qui touche à la biotechnologie. Et aujourd’hui je suis en congés.

 

En congés, et de plus avec l’épidémie de Coronavirus, comment restez-vous connectée au monde scientifique ?

 

D’un point de vue scientifique, je suis toujours très connectée avec toutes les publications scientifiques, à travers le réseau que j’ai. C’est difficile de laisser ça de côté, même en congé, donc je lis beaucoup d’articles, un peu par opposition à toutes les informations grand public que l’on reçoit. Quand on est chercheuse, c’est hyper intéressant d’avoir le côté scientifique « pur et dur », de savoir ce qu’il en est vraiment. Donc par exemple aujourd’hui je lis beaucoup de revue de biologie, de chimie, pour savoir ce qui se passe, où en sont les différents laboratoires. De plus, il y a beaucoup de journaux qui sont en libre accès ces jours-ci pour que les chercheurs aient accès à ces données-là. Donc même en pause, on a accès à tout ça. Et quand on aime la recherche, on ne peut pas la laisser de côté, on a envie de lire.

 

Comment vivez-vous votre carrière en tant que femme ? Et est-ce que vous avez remarqué une évolution ou des changements depuis vos débuts ?

 

C’est un sujet qui me touche beaucoup car j’ai reçu en 2013 le prix L’Oréal UNESCO pour les femmes et la science qui récompense des jeunes femmes chercheuses.

{Le prix L’Oréal UNESCO récompense chaque année 20 jeunes chercheuses talentueuses en Sciences du Vivant et en Sciences de la Matière. Ces bourses ont pour but de promouvoir les femmes en science et de les encourager à poursuivre leur carrière scientifique. Depuis leur création en 2007, 120 bourses ont été remises en France}

On ne peut pas dire qu’il y ait de plus en plus de femmes dans ce domaine. À travers mon parcours je n’ai jamais ressenti de différence entre le fait d’être une femme ou un homme. C’est peut-être aussi grâce à mon caractère qui fait que je ne me suis jamais laissée marcher sur les pieds. C’est vrai que je ne pense pas avoir été dans une situation de discrimination où le fait d’être une femme m’a désavantagé.

 

Et dans ce que vous avez pu observer dans votre environnement de travail ? vos collègues ou vos supérieurs ?

 

Ce que je constate c’est que mes chefs ont souvent été des hommes, les directeurs de laboratoires aussi. Plus on monte en responsabilité moins les femmes sont présentes. Au moment de fonder une famille, se sont souvent les femmes qui prennent le plus de responsabilités . La plupart de mes collègues chercheuses. s’occupent des enfants. Le temps de travail des directeurs de laboratoire est lourd, il y a donc plus d’hommes qui se proposent pour ce genre de postes.

 

Vous avez travaillé dans différents pays, avez-vous remarqué des différences sur ce sujet-là ?

 

Le monde de la recherche est assez uniforme sur cette question. Je n’ai pas vu de différences sur ce point entre les pays dans lesquels j’ai travaillé. On voit toujours ce plafond de verre.

 

Vous êtes actuellement en congés maternité, quels sont vos projets futurs ?

 

Ce qui m’intéresse beaucoup aujourd’hui ce sont les bio technologies et les bio énergies.

Mon projet serait de travailler dans une start-up en gardant une dominante de recherche. C’est-à-dire faire des choses qui n’existaient pas auparavant, et appliquer des résultats assez concrets. Je suis en contact avec une start-up qui réfléchit aux batteries du futur et ils ont besoins de personnes comme moi qui on fait de la recherche fondamentale pour développer des nouvelles  énergies vertes des énergies plus écologiques…

 

 

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