Nous sommes employés d’abattoir

En 2016, L214 (association de défense des animaux) publie une nouvelle enquête filmée
dans l’abattoir d’Houdan, dans les Yvelines. L’auteur de la vidéo est un activiste de
l’association ? Non. Il s’agit d’un employé qui a osé filmer clandestinement son lieu de
travail. Il s’appelle Mauricio Garcia-Pereira. Pendant sept ans, il aura travaillé dans ce lieu où
des milliers d’animaux sont tués tous les jours. Cet employé d’abattoir va alors devenir l’un
des porte-parole de salariés qui se sentent déshumanisés.

Au cœur d’un abattoir du sud de la France, les salariés travaillent à la chaîne. © AFP

Conditions de travail éreintantes, pénibilité physique et morale, horaires décalés, manque de
reconnaissance et d’attractivité de la profession… Tous ces facteurs font que les abattoirs
ont un turnover (renouvellement du personnel) important et un taux d’absentéisme élevé.
Ainsi, en abattoir, il manque régulièrement plus de 10 % du personnel, soit plus du double
de la moyenne nationale. La santé psychologique est aussi mise à rude épreuve. Les
employés d’abattoirs se retrouvent ainsi face à des injonctions paradoxales : tuer vite,
toujours plus vite, avec du matériel de surcroît souvent défaillant, mais avec compassion,
sans faire souffrir ! De manière générale, les contraintes psychosociales sont plus élevées
pour les salariés qui travaillent sur les chaînes d’abattage et de découpe que pour les
personnels administratifs.

Une ancienne salariée témoigne

Nous avons rencontré Isabelle, 57 ans aujourd’hui, qui a travaillé durant 4 ans dans un
abattoir du Sud-Ouest de la France, dans les années 1990. L’ancienne employée de l’abattoir
nous raconte qu’elle avait des horaires assez difficiles : de 2h du matin jusqu’à 14h avec une
demi-heure de pause. La fatigue se faisait alors bien ressentir tout au long du travail.
Travailler dans un monde masculin n’a pas été aussi très simple pour la jeune femme qu’elle
était : blagues salaces, gestes déplacés…Concernant le salaire, elle percevait à peine 4500
francs à l’époque, soit à peine plus de 1000 euros. Le plus difficile pour Isabelle reste la
cadence de travail qui l’obligeait, elle et ses collègues, à abattre des milliers d’animaux par
jour : veaux, bœufs, moutons…Encore aujourd’hui, elle repense aux sons horribles qu’elle
pouvait entendre : cris, pleurs, gémissements. Elle reste persuadée que les animaux de
l’étable, qui avaient certes de la musique, savaient qu’ils allaient mourir.

Mais alors, en 2021 qu’en est-il ?

Depuis quelques années, les français voient les actes de cruauté envers les animaux
d’abattoirs grâce aux vidéos d’associations comme L214. Les langues se délient et plusieurs
salariés d’abattoirs osent témoigner. Tous parlent du « bruit » et de « l’odeur »
omniprésents et durement supportables dans ces lieux clos que sont les abattoirs. Un
homme sort du silence « Ça fait dix ans. » Il raconte les larmes qui coulent des yeux des
vaches avant leur mise à mort. Comment il attire les veaux dans le « piège » en leur faisant
téter ses doigts. Il ne peut pas arrêter, il a une femme et une petite fille. Il pense au suicide.
Au-delà des blessures psychologiques, beaucoup de salariés ont pu avoir des blessures
physiques. Même encore en 2021, le monde des abattoirs reste un monde où la mort, le
bruit, l’odeur, la souffrance sont les maîtres-mots.

Axelle Clerc-Pellegatta

Compétences

Posté le

7 avril 2021

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