L’urbex, une volonté conservatrice

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La salle est immense. Un grand escalier soutenu par de fines colonnes mène à l’étage. Cet endroit est le plus emblématique du bâtiment où on a le plus de chance de croiser d’autres personnes. | Photo @Elisa JORDAN

 

L’exploration urbaine, connue sous le nom de “urbex”, est une activité consistant à visiter des endroits construits par l’homme mais aujourd’hui abandonnés. Cette pratique est illégale puisqu’elle inclut également la visite de lieux interdits. Cependant, les pratiquants estiment qu’ils participent à la mémoire de ces lieux et souhaitent préserver cette activité.

“S’imprégner du lieu, s’imaginer l’endroit vivre, et laisser place à l’imaginaire”. C’est ainsi que  Thomas vit sa passion : l’urbex. Cet étudiant aime être surpris par les endroits qu’il visite. Il se conforme donc aux deux règles de l’urbex : ne rien abîmer sur le lieu visité et ne jamais divulguer son emplacement. Cependant, beaucoup négligent cette ligne de conduite. “De nombreuses personnes viennent vandaliser, faire des concours de airsoft, organiser des soirées illégales jusqu’à démolition des lieux”, confie Thomas. “Il y a aussi beaucoup d’antiquaires  qui, dès la connaissance d’un nouvel endroit, viennent prendre les objets pour les vendre”. Garder la localisation d’un lieu abandonné secret est donc fondamental pour sa préservation.  

Respecter l’histoire du lieu

Sur ce point, les amoureux de l’urbex sont formels : les explorations doivent avant tout respecter “l’histoire” de l’endroit. Il est donc interdit de donner une adresse à un copain ou une connaissance, le cercle de l’urbex est très étroit et compte le rester. “Je n’aimerais pas que l’activité se développe car on voit très bien l’effet de la localisation quand elle est donnée sur internet. Quand l’information de tel lieu ou tel lieu est donnée sur le net, l’endroit est mort, grand max deux mois après.” 

Antoine, photographe toulousain, possède un compte instagram dédié à l’urbex. Pour ce professionnel de la photo, l’exploration urbaine fait partie intégrante de sa vie puisqu’il dédie son métier à l’urbex. A l’instar de Thomas, dévoiler des informations sur les lieux à explorer est, pour les mêmes raisons, impensable. “C’est contraire à mes principes et à mon action sur le patrimoine.”

Outils modernes ou désuets : à chacun sa technique 

D’après l’expérience de Thomas, “les traces d’abandon sont parfois difficiles à déceler”. D’une boite au lettre remplie de prospectus, aux jardins délabrés en passant par les volets et fenêtres depuis longtemps fermés, de nombreux signes peuvent être reconnus comme étant une marque d’abandon, mais aucun d’eux n’est totalement fiable. 

Thomas combine donc ses observations avec d’autres outils. Il utilise Google Map pour constater l’état de la toiture. “S’il y a beaucoup de mousse apparente ou si les tuiles sont cassées, alors les chances que le bâtiment soit abandonné augmentent.” Il se sert également d’un simple bout de papier, qu’il place dans le seuil de la porte d’un endroit sur lequel il enquête. “Si, au bout de quelques mois, le papier n’a pas bougé, alors on y va.”

Il précise que toute exploration est dangereuse, pour la recherche du lieu comme pour la visite en elle-même. Le jeune urbexeur tient particulièrement à mettre en garde les novices de l’exploration urbaine quant aux dangers de fouiller des bâtiments abandonnés. Lui-même s’est retrouvé en fauteuil roulant pendant trois mois après une chute de sept mètres lorsqu’un vieux plancher s’était affaissé sous ses pieds.

Pour en savoir plus

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