Le single de Last Train “How Did We Get There ?”, une œuvre qui aura demandé 2 ans de travail

C’est le 11 mars dernier, que le titre “How Did We Get There ?” du groupe de rock français Last Train a été posté sur les plateformes.

Long de 18 minutes 40, et accompagné d’un court-métrage, il aura fallu 2 ans de préparation avant de dévoiler le titre au public. Julien Peultier, guitariste du groupe et réalisateur du court-métrage, explique le long chemin qu’a été cette production. L’occasion aussi de parler de l’avenir du groupe et des futurs projets de celui-ci, après le tournant que ce dernier a pris en matière de composition.

Le court-métrage « How Did We Get There ? » sur le site officiel du groupe

L’idée de “How Did We Get There ?” est née il y a 2 ans de ça. Le morceau est défini par le groupe comme une « invitation assumée à prendre le temps, nourrie par un certain nombre de prises de conscience qui nous sont propres ». Il se veut proche de l’univers du cinéma, par sa longueur et sa structure en plusieurs actes. On peut en effet clairement y distinguer les différentes étapes qui pourraient constituer un film, du début au dénouement, en passant par des moments plus rythmés, comme des péripéties : « On voulait créer une œuvre à part entière » explique Julien. En plus de l’aspect cinématographique d’un titre aussi long, le guitariste explique l’envie que le groupe a de « faire consommer différemment la musique aux auditeurs, autrement de ce dont on a l’habitude aujourd’hui ». 

Bien que le groupe ait déjà l’expérience des titres assez longs, la durée de ce petit dernier est exceptionnelle. Pourtant, l’effet attendu est là : un peu comme un engagement, on se sent sollicité à être plus attentif à la musique, à respecter le travail des musiciens en profitant pleinement et exclusivement des 18 minutes de musique.

Pour produire un tel morceau, il a donc fallu 2 ans aux perfectionnistes de Last Train. Même en dehors de la longue production du court-métrage, il y a eu une grosse étape de réflexion et de création, pour s’assurer que le morceau correspondait aux attentes du groupe : « On voulait qu’il soit cohérent, que chaque partie qui le compose soit liée avec les autres. On voulait pas se retrouver avec un titre de 20 minutes qui ne raconte rien, ça nous a pris du temps à écrire ». 

S’assurer que le morceau soit pertinent tout du long a aussi demandé beaucoup de travail sur les détails et les sonorités. Il aura fallu par exemple enregistrer avec deux batteries différentes, plusieurs guitares, et parfois changer d’amplificateurs pour avoir le rendu qu’ils attendaient. Ils ont aussi collaboré avec l’orchestre symphonique de Mulhouse, ce qui a impliqué de retranscrire tout le morceau sur des partitions.

Un court-métrage réalisé par le groupe sur 6 mois

En plus de jouer pour Last Train, Julien Peultier est réalisateur. Fan d’audiovisuel, il a déjà tourné près de 6 clips ainsi qu’un documentaire pour son groupe, et d’autres vidéos pour des amis et collègues musiciens. Il était donc évident qu’il s’occupe du court-métrage. 

« On a écrit l’histoire tous les 4, même si forcément j’ai plus travaillé dessus »

La production, faite pour accompagner le morceau, devait évidemment suivre son idée principale, ainsi que son ambiance. « Il y a un aspect assez dramatique dans la musique, et j’ai voulu que le clip reste dans cette idée »

Ainsi, le court-métrage représente la descente dans la folie d’un homme ayant un rapport étrange avec son image, interprété par l’acteur Khaled Rahmouni. C’est une des facettes du constat fait par le groupe sur le monde qui nous entoure aujourd’hui, notamment des réseaux sociaux et notre rapport avec l’image que l’on renvoie.

« Il y a une gradation assez propre à l’addiction, il passe par des moments euphoriques, il va même jusqu’à s’adorer, se trouver génial, puis ça dégénère, il finit par se détester »

Pour réaliser ce clip, il s’est entouré d’une petite équipe de 6 personnes et a tourné les scènes en Alsace, lieu de naissance du groupe. Après avoir fait une offre pour trouver qui jouera le personnage principal du film, son choix s’est orienté vers Khaled Rahmouni. « Il fallait un acteur qui ne soit pas mal à l’aise avec l’idée de jouer nu, dans des situations délicates »

Bien qu’elle ait été écrite à l’avance et bien préparée, l’histoire à subi beaucoup de modifications sur place : « L’histoire a fini de s’écrire pendant le tournage, avec l’aide de Khaled, qui s’est approprié le personnage. J’aurais préféré avoir plus de certitudes avant de commencer, mais au final ca s’est fait comme ca, et je pense que cette réécriture sur le moment a permis d’améliorer l’histoire »

« A un moment, Khaled s’est ouvert avec un miroir. Il jouait en impro, c’est comme ca que je voulais qu’on fasse, mais à ce moment là un gros miroir lui est tombé dessus et lui a ouvert le bras, on a dû aller aux urgences et il a eu des points de suture. Après, on a été obligés d’agencer les images pour éviter les faux raccords avec son bandage très visible, et il a fallu revoir certaines scènes étant donné qu’il était blessé. C’est comme ca un tournage, on doit souvent réécrire, improviser, et quelque part je trouve ca intéressant à faire »

En plus du montage en post-prod fait par Julien, qui aura duré 6 mois, la scène finale où l’acteur tente d’enterrer ses miroirs, source de son addiction, a été tournée 3 mois après les 10 jours de tournage originaux. 

Un projet qui en annonce d’autres 

Avec ce court-métrage, qui suit la sortie du documentaire sur leur dernier album appelé “The Big Picture”, Julien réalise de plus en plus les visuels pour son groupe. Bien qu’il ait déjà réalisé 6 clips pour Last Train, l’arrivée de plus gros projets a réellement fixé sa place du réalisateur “attitré”. 

Lors de la production du documentaire, le groupe a décidé qu’ils seraient les mieux placés pour parler d’eux : Julien s’est donc lancé dans sa réalisation. Après ça, cette idée de proximité des idées a été conservée dans le tournage de “How Did We Get There ?”. Sachant précisément ce qu’ils attendent, et ayant les capacités de le faire, ils ne vont pas s’en priver. Néanmoins il y a quelques désavantages auxquels le guitariste explique faire attention :

« Parfois c’est un peu compliqué, on peut manquer de recul sur les choses, et avoir tendance à se congratuler. Il faut penser à trouver des contrepoints sur ce que l’on fait »

D’autres projets du genre sont à attendre, le groupe souhaite continuer sur sa lancée. Bien qu’ils ne comptent pas sortir quoi que ce soit très prochainement, afin de se concentrer sur la tournée et les festivals à venir, ce qui suivra laissera une place importante à l’image :
« On veut continuer à exploiter cet aspect cinématographique de la musique, ce qu’on avait déjà commencé à faire avec The Big Picture »

Et après ?

La couleur est donnée, il y aura un avant et un après “How Did We Get There ?” pour Last Train. En parallèle de ce titre, Julien confie que d’autres projets ont été imaginés et font leur chemin : « d’autres projets, il y en a, mais je crois qu’il est trop tôt pour en parler, on a envie de procéder étape par étape, de se concentrer sur celui qui vient de sortir »

En général, le groupe a des plans sur les 4 ou 5 années à venir, et laissent le temps de faire les choses, faire évoluer les idées et aussi de les trier. 

En plus de ça, dans la musique depuis leurs 16 ans, et dans l’industrie musicale depuis le début de leur vie active, le groupe compte prendre une pause d’ici peu, afin “d’aérer” leur parcours.

« Après les festivals de cet été et la trentaine de dates qui arrivent, on compte prendre une période de off publique, prendre du temps pour nous et réfléchir aux projets suivants, tranquillement » 

La devise du groupe aura toujours été de prendre le temps qu’il faut pour sortir les projets qui leur convient et exactement comme ils les imaginent :

« On sait que ce qu’on fait restera, donc on veut que les traçes qu’on laisse soient produites du mieux possible, et pour ça il faut prendre le temps »

« On a prévu de sortir un troisième album, mais on ne se presse pas, on veut prendre le temps de vivre d’autres choses, d’avoir de nouvelles histoires à raconter »

En plus des difficultés encontrées dans la réalisation, il est important de noter que le groupe a décidé de quitter son label pendant la réalisation du projet, le rendant aujourd’hui quasi-indépendant.

Alors aujourd’hui, regarder “How Did We Get There ?” sur Internet, l’écouter sur les plateformes de streaming, joué en tournée comme à l’Olympia il y a peu, ou en festival cet été, c’est l’aboutissement d’un immense chantier, un travail de fond qui a demandé beaucoup d’énergie. En plus de raconter une histoire, ce morceau a aussi, à sa façon, écrit celle de Last Train. C’est un renouvellement, et l’ouverture d’un nouveau monde des possibles pour les quatre jeunes amis alsaciens, dont l’inventivité surprend à chaque fois un peu plus. 

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Posté le

25 mars 2022

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