Le désespoir des bruleurs du détroit

Les marocains rêvent d’aller en Europe comme nous rêvons d’aller aux États-Unis. Seulement il n’a que quatre motifs valables pour s’y rendre. Peu sont concernés, par manque de moyen, souvent. 

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C’est légal mais (presque) impossible. 
 
Pour venir en France, il faut faire une demande de visa au consulat de France au Maroc. Il se peut que vous obteniez un visa à conditions : 
 
–       D’aller étudier et de prouver qu’on aura les ressources nécessaires pour vivre en France une année avec au moins 615€/mois ainsi qu’une attestation d’hébergement.
–       D’aller travailler avec un contrat de travail qui atteste que l’on a besoin de vous de telles à telles dates. 
–       D’aller visiter en 90 jours maximum.
–       Pour regroupement familial, rejoindre votre conjoint ou vos enfants. 
 
D’autant plus, que certains, bien qu’ils remplissent les critères se voient refuser leur visa. Sur le site officiel du consulat, il préconise 3 semaines d’attente pour les séjours courte durée (moins de 90 jours) + 80€ et jusqu’à 3 mois pour les demandes de visa longues durées (plus de 90 jours) + 99€ de frais de dossier. Plus les assurances… En réalité, le temps d’attente est bien plus important. « J’ai entendu des tonnes d’expériences sur des gens qui avaient une bonne situation et le visa s’est vu refusé. Déjà l’attestation c’est payant ça prend du temps, il faut souscrire à une assurance, etc. Essaie tu verras, tu vas dépenser beaucoup d’argent et il sera refusé ! En tous cas si tu essaies tiens moi au courant sur le forum que je sache si ça a été accepté ! Peu de chance. Et il faut plusieurs mois d’après ce que j’ai entendu pour avoir la réponse » écrit @zguenante sur le forum routard.com
 
 
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Après bien sûr, avec un bon bakchich, votre dossier peut passer en haut de la pile mais vous restez incertain quant à l’obtention de votre visa. 
 
C’est illégal et (parfois) mortel
 
Alors beaucoup, par manque de moyen, se rende au port de Tanger pour fuguer du Maroc, clandestinement. Tanger a une situation géographique bien particulière, au carrefour entre l’Afrique et l’Europe. Seuls les treize kilomètres du détroit de Gibraltar la séparent de l’Espagne. Lorsqu’il fait beau, les montagnes andalouses se dessinent à l’horizon. Une provocation pour ceux qui tentent désespérément de rejoindre l’eldorado européen. Tous les jours, des centaines d’adolescents et de jeunes garçons risquent leur vie pour tenter de venir en Europe. Entre eux, ils s’appellent les harragas, de l’arabe « brûler ». Ces brûleurs du détroit savent que l’Espagne offre l’asile aux mineurs, mais n’ont pas les moyens de passer par les filières classiques de l’immigration clandestine. Ils s’affranchissent de la mafia et de ses terribles pateras (barques) pour tenter eux-mêmes leur chance. Ils se cachent au péril de leur vie, dans les essieux brûlants des camions qui embarquent tous les jours dans les ferries à destination de l’Espagne. Ils seraient entre 1 000 et 2 000 à tourner dans la ville de Tanger en attendant leur heure. Un chiffre impossible à vérifier et extrêmement fluctuant. La honte d’avoir raté leur « mission » les empêche de rentrer chez eux. Tout le monde veut passer de l’autre côté. 
 
« Il nous a fait traverser la nuit, à la nage. »
 
Ceux qui ont les moyens payent un passeur. Ça coute généralement entre 70000 et 100000 dirhams soit près de 10 000€ par personne, par voyage. Il leurs obtient de faux visas ou se procurent les papiers d’un sosie. Le plus souvent, le passeur ne se montre jamais par précaution alors il envoie un intermédiaire pour négocier le prix ainsi que la date. Ils partent majoritairement de Tanger. Ou de Tetouan, dans le nord du Maroc. Ils prennent une barque de fortune dans la nuit, pour éviter d’être vu. D’autres, prennent carrément le bateau, avec des voyageurs en règle et donnent un pot de vin aux responsables de la navigation. « J’ai pris l’avion jusqu’en Turquie (car il y’a un accord entre le Maroc et la Turquie). Une fois en Turquie, j’ai payé un passeur pour aller en Grèce. Il nous a fait traverser la nuit, à la nage. J’étais avec d’autres marocains, on avait nos sacs à dos avec nous. C’était le moment le plus difficile. D’autant plus qu’il y’avait des serpents d’eau. Une fois en Grèce, on allait jusqu’en Autriche. Arrivé là bas, on était sauvé. Ou presque. Chacun prend la destination de son choix. Moi je suis allé en Espagne, rejoindre ma sœur. » Le périple de Hassan, 35 ans a duré 10 jours.
 
Tous connaissent un harraga qui en est mort et un autre qui a réussi à passer et fait l’objet de tous les fantasmes…

Lila Rhanimi

Compétences

Posté le

24 mars 2021

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