Face à la crise, les librairies changent de cap

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Les librairies doivent diversifier leurs ventes pour prospérer | Photo @Thomas ANDRÉ

Depuis quelques années, Internet ne cesse de précariser les librairies indépendantes, qui voient leurs clients se tourner vers les achats en ligne. Si certaines bénéficient d’une réputation solide, d’autres doivent passer par des chemins détournés pour survivre.

Il suffit de se remémorer la liquidation judiciaire de la librairie toulousaine Castéla en février 2012 pour comprendre l’ampleur des dégâts du e-commerce sur le monde du livre. Certes, la fermeture de la grande enseigne ne s’expliquait pas uniquement par la baisse de consommation des livres en boutique, mais l’événement mettait enfin en lumière la recrudescence des achats en ligne et ses dégâts sur le marché physique. La même année, l’ObSoCo publiait un sondage aux chiffres alarmants. Les habitués de librairies déclaraient acheter environ 45 % de leurs livres sur Internet. En 2019, la part d’Internet avait progressé de onze points selon une nouvelle étude. C’est pour lutter contre cette crise, donc, que certains libraires sont aujourd’hui forcés de se diversifier.

Dans le Gers, la Librairie-Tartinerie propose un service de petite restauration depuis son ouverture en 2000. Si le service ne représente qu’un quart du chiffre d’affaires, du moins permet-il d’attirer la clientèle et de faire de la boutique un « un espace d’échange d’idées », comme l’explique Hélène Bustos, la future propriétaire du commerce. « [La librairie] propose ce service depuis sa création, donc on ne peut pas vraiment parler de diversification. […] Mais la volonté de départ était de faire en sorte que les gens viennent passer un bon moment, pas juste acheter un livre. » 

Acheter en ligne, récupérer en magasin, recevoir à domicile…

Alors, pour survivre à la crise, certaines librairies sont forcées de se conformer aux attentes de la société, et de jouer sur le même terrain que leurs plus gros concurrents en ligne. C’est le cas de la librairie Privat, située à Toulouse, qui a décidé d’ouvrir un site internet pour permettre aux clients d’accéder au catalogue, de commander en ligne et de venir récupérer leur ouvrage en boutique ou directement chez eux. « Il faut se mettre à niveau constamment, explique un vendeur de la librairie Privat. Aujourd’hui, une entreprise, quelle qu’elle soit, n’a aucune visibilité si elle ne se tourne pas vers internet et les réseaux sociaux. »

Mais ce n’est pas tout. Partout sur la toile commencent à pulluler des associations de librairies en ligne. Ces nouveaux commerces, de plus en plus nombreux (placedeslibraires.fr, lalibrairie.com, leslibraires.fr…), proposent aux clients d’acheter sur internet et de récupérer leur commande dans la librairie participante la plus proche de chez eux, ou de se faire livrer directement à domicile. « Il ne faut pas penser qu’on va rééduquer les clients sur leur manière de consommer, explique Thomas Le Bras, qui représente leslibraires.fr. Nous sommes vraiment un service complémentaire pour ceux qui ont déjà le réflexe d’acheter en librairie. » La plupart des librairies les plus petites, celles qui ne peuvent pas se permettre une entrée sur internet, se tournent donc vers ces associations de librairies. Les sites envoient un stock de livres aux librairies participantes, que ces dernières délivrent aux clients qui viennent chercher leurs achats en magasin. L’opération permet aux petites boutiques de recevoir un faible pourcentage sur les commandes, mais aussi de s’attirer de la visibilité et une clientèle nouvelle.

Du tabac au livre

Alors, parfois, la vente de livres est dispensée par des maisons de la presse, qui font de la librairie une nouvelle corde à leur arc, en plus du tabac, de la presse ou des jeux à gratter. Ces boutiques, qu’on appelle des librairies mais qui en fait sont loin d’en être, se développent de plus en plus pour subvenir à la crise provoquée par le commerce en ligne. 

« Notre librairie n’a pas trop de problèmes, parce qu’elle est diversifiée et ne vend pas que du livre », explique David Dominique Bertal, le gérant de la Maison de la Presse de Fronton. Lui-même admet que la vente de tabac reste son premier générateur de chiffre d’affaires – environ 60% –, et que la presse et les livres se partagent le reste. Et il faut dire que la seconde librairie de Fronton, qui vendait exclusivement des livres, a fermé définitivement ses portes quelques mois auparavant. Dépôt de bilan. 

« Le problème, explique David Dominique Bertal, c’est que notre marge sur les livres scolaires est de 15%, et de 30% sur des romans. Il faudrait donc en vendre beaucoup pour gagner ce qu’il nous faut. » Pour autant, le gérant de la Maison de la Presse avance que son commerce a gardé une âme de vivre-ensemble. C’est peut-être ça, au final, l’esprit de la librairie.

 

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