Retour sur cette première journée d’actions contre la réforme des retraites, ayant mobilisé près de 800 000 personnes dans le pays. Reportage sur les profils hétéroclites et les alternatives avancées par certains manifestants. 

“Un sabordage, un coup de poignard”, les mots sont durs quant à la nouvelle réforme avancée par le gouvernement afin de réformer le système des retraites. Pourtant mûrie depuis deux ans avec de nombreux acteurs sociaux, la refonte du système des retraites a su fédérer ce jeudi un nombre très important d’opposants. Cheminots, agents de la RATP, mais aussi employés du secteur de la santé, travailleurs du privé, enseignants, retraités… Nombreuses sont les catégories sociales à être représentées en cette journée “noire”. De fait, les critiques de la réforme fusent, et les adversaires du projet sont en nombre important. Ainsi, Hubert, délégué CGT et membre du PCF, s’avance sur le besoin d’un mouvement général : “Le gouvernement ira jusqu’au bout pour mettre en place ce projet. La question étant aujourd’hui idéologique, nous nous devons de fédérer l’ensemble des travailleurs sociaux et de mettre en place une stratégie de blocage à long terme”. Il admet pour autant : “C’est un projet que la direction de la CGT a refusé, ce à quoi je n’adhère pas”. Blocage donc, mais quelle alternative au projet de réforme proposé ? Robert, retraité et membre de la France Insoumise, avance différentes propositions : “Nous devons mettre en place un minimum vieillesse à 1041 euros, au-dessus du seuil de pauvreté. Nous demandons la suppression des inégalités salariales entre hommes et femmes, et surtout une contribution des revenus du capital au paiement des retraites”. Patrick, membre d’Europe Ecologie Les Verts rencontré en marge de la manifestation, propose : “Il est impératif de préserver le principe de pénibilité au travail, de même que la prise en compte des années d’études lors d’un départ à la retraite”.

Des alternatives variées, une lutte commune 

Si les propositions avancées par les différents manifestants sont nombreuses, il demeure un sujet qui fédère : la lutte contre un système capitaliste qui broie les individus, et favorise un individualisme déviant. Sacha et Clémentine, en blouse blanche et main dans la main, sont tous deux infirmiers. En cœur, ces derniers affirment “adhérer au rejet total du capitalisme, qui s’insinue dans tous les secteurs d’activité et qui n’a aujourd’hui plus de raison d’être”. Richard, bibliothécaire de 53 ans, rejoint ces propos : “La lutte doit aller au-delà d’une simple réforme : il est impératif que la population prenne le pouvoir aux capitalistes, puisque ce sont ces derniers qui décident de tout”. Révolution communiste, lutte idéologique, démission du gouvernement, les critiques du modèle économique ne tarissent pas. A six jours de l’annonce d’Edouard Phillipe du contenu de la réforme, les manifestants semblent aller au-delà la réforme, et portent en eux les critiques farouches d’un système économique qui semble à bout de souffle. 

Virgile Guilhamet