Depuis le 10 septembre, l’exposition « Ô blédi ! Ô Toulouse ! » a ouvert ses portes à la médiathèque José Cabanis, en mémoire aux Maghrébins qui ont immigré à Toulouse depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Plusieurs musiciens, chanteurs, historiens, réalisateurs et citoyens d’origine maghrébine se sont succédés, et se succèderont jusqu’au 12 janvier 2020 pour faire la promotion de cette nouvelle exposition.

Certains touristes ont fait le déplacement à la médiathèque José Cabanis, près de la gare Matabiau. Il plane dans le bâtiment une ambiance joyeuse, où se mêlent instruments à cordes, à vent et à percussions. Depuis l’extérieur de l’exposition, les couleurs vives transpirent une sorte de chaleur rassurante, qui nous invite à pénétrer dans le réseau exigu de salles. « L’iconographie et la mise en forme ont été réalisées de sorte à ce que les décors s’adaptent parfaitement au lieu, explique la scénographe Emmanuelle Sapet. Nous avons essayé de multiplier les formats pour rendre l’exposition plus agréable et plus vivante. »

Pourtant, lorsqu’on pénètre dans ce labyrinthe fantastique, on se sent empreint d’un profond respect, qui nous contraint au silence. Les murs sont couverts de photographies, de citations et d’informations sur la vie de ces immigrés, le plus souvent arrivés à Toulouse après la Seconde Guerre Mondiale pour reconstruire le pays. On découvre, avec une certaine pudeur, l’intimité des quelques personnages qui sont présentés, leur habitat, leur quotidien, leurs joies, leurs peines…  

« Nous nous sommes intéressés aux passés, aux quartiers et aux passions de ces personnes. » 

Pour la recherche d’informations, deux historiennes étaient chargées de réunir des documents et informations concernant l’immigration maghrébine à Toulouse. Pendant plusieurs mois, elles ont épluché les archives municipales, départementales et préfectorales, afin d’étudier la position géographique des immigrés et de dresser le portrait de certains d’entre eux.

La recherche plus actuelle était confiée au Tactikollectif, une association visant à conserver la mémoire maghrébine. Tayeb Cherfi, l’un des membres, était chargé de recueillir des témoignages directement dans les quartiers populaires. Bien que vivant depuis une quarantaine d’années auprès des habitants des quartiers du nord de Toulouse, il se confie pourtant sur la difficulté d’aller collecter des informations ailleurs qu’aux Izards. « Les quartiers sont segmentés et très exclusifs. Il nous a fallu jouer de contacts pour aller interroger des habitants du Mirail ou de Bagatelle, par exemple. »

Un intérêt primordial aujourd’hui

L’idée du Tactikollectif et de la mairie de Toulouse était d’inscrire la vie de ces populations dans l’histoire de la ville. Pourtant, Tayeb Cherfi ne justifie pas l’exposition comme une réponse à la montée des extrémismes et des polémiques visant les immigrés. « Les courants racistes et anti-migratoires, nous les connaissons depuis plus de quarante ans. Le principe de cette exposition n’est pas de s’opposer à eux, mais de leur ouvrir les yeux sur ce qu’ont apporté les Maghrébins à la ville. »