Paris, le 12 mai 2016, M.L. arrive en France enceinte, avec son mari. Arrivés d’Albanie, ils ont un visa touristique de 3 mois. « L’après midi on part à Caen » dit-elle en se tripotant les mains. Nous nous sommes enregistrés pour une demande d’asile. « On a appelé le 1-1-5 » (numéro national départementalisé du SAMU social français qui traite des urgences des personnes sans abris) pour un hébergement. Leur fils, Alban, est né en novembre 2016 à Caen. Ils sont hébergés dans des hôtels pendant 11 mois via le 115. En avril 2017, la préfecture de Caen (OFII Office Français d’Immigration et d’Intégration) transfère le dossier à la préfecture de Cherbourg. L’OFII met un appartement à leur disposition. En mai, ils reçoivent une première réponse négative à leur demande d’asile. Ils déposent alors un recours avec l’aide du CADA (Centre d’Accueil des Demandeurs d’Asile) de Cherbourg. En octobre, M. et son mari se séparent. En février 2018, elle reçoit un deuxième avis négatif. Maintenant « il n’y a plus de recours », la demande ne peut être réitérée. « Je ne peux pas avoir un appartement ». Elle repart dans une chambre d’hôtel à St Lo, une chambre lui est octroyée dû à l’âge d’Alban. Le CADA avait pris contact avec le CSLAM (Collectif St Loi d’Aide aux Migrants). Le collectif lui trouve une première famille avant qu’elle ne trouve la famille chez qui elle se trouve toujours depuis juin 2018.

Le fait de s’occuper de son fils lui a laissé peu de temps pour apprendre le français. « Maintenant il va à la crèche, je vais aux cours de français » donnés par la Maison Pour Tous de Cherbourg. Sans titre de séjour, impossible de travailler. Elle tente donc d’obtenir une promesse d’embauche pour le dossier mais « c’est compliqué, très compliqué ». En attendant, elle fait du bénévolat au Relais enfant. Pour demander un titre de séjour avec permis de travailler il ne lui manque qu’une promesse d’embauche.

Une aide simple au quotidien

Marion raconte sa rencontre avec M. Son association citoyenne avait organisé « un café-citoyen, c’était Migrants, un autre regard ». Ils avaient convié Joël Fraboulet, membre du collectif St Loi pour qu’il parle de leur expérience, « c’est là qu’il nous a parlé de M.L. »

« L’accueil s’est passé très simplement. » La famille d’accueil chez qui elle était l’a accompagnée chez eux. « Je lui ai montré sa chambre et nous nous sommes organisés petit à petit en établissant les règles au fur et à mesure, en invitant M. à prendre part à nos activités quotidiennes (préparation des repas, rangement…) et en prenant du temps pour parler, échanger (beaucoup par gestes au départ). »

Marion avait déjà accueilli un migrant, mais « c’était différent ». Il était en apprentissage et payait donc sa chambre tous les mois. Elle l’a néanmoins aidé dans ses démarches pour obtenir son passeport.

« Je crois qu’il était important qu’elle se sente comme chez elle, qu’elle ait son lieu à elle (nous pouvions mettre à sa disposition une chambre) même si nous partageons le reste de la maison. Les temps d’écoute et de partage des tâches quotidiennes me semblent aussi très importants. Ce sont des moments informels qui permettent de mieux se connaître, d’appréhender la personnalité et les attentes de chacun. »

M., le sourire aux lèvres explique que Marion l’a « beaucoup aidée », en l’accompagnant vers les différents services (PMI, assistant social, crèche, lieu d’accueil parents-enfants, magasin solidaire, croix rouge, secours populaire…). Elle rigole en disant que quand les gens parlent trop vite au téléphone, « Marion est toujours là pour m’aider ».