Depuis le 17 novembre 2018, une marée jaune envahit le centre-ville toulousain chaque samedi. Un processus récurrent a rapidement vu le jour, inscrivant ces manifestations dans une opposition violente avec les forces de l’ordre. A défaut d’atténuer ces confrontations, des groupes de secouristes volontaires viennent en aide aux victimes de celles-ci.


Gilet jaune tout de blanc vêtu, Manolita est aux aguets. Une oreille attentive à son talkie-walkie, le regard balayant le cortège principal, elle patrouille. C’est la quinzième fois que cette infirme enfile le costume de secouriste : « Je suis là depuis le début ! Voyant les gens tomber en l’absence des secours, j’ai trouvé important de mettre mes connaissances médicales au service des blessés ».

Samedi 16 février, au cours de l’Acte XIV, un homme de 39 ans père de deux enfants a été blessé au tibia : « J’ai essayé de traverser pour rejoindre le métro. En traversant, je me suis arrêté 2 minutes pour observer la scène…et PAF, je suis tombé ! Les street medic sont arrivés en même pas 10 secondes ». Allongé contre la devanture d’un restaurant, s’agrippant à son djembé, Misha s’est vu administrer les premiers soins, tandis qu’un gilet blanc lui énonçait la suite des événements : « Si vous ne voulez pas que la plaie s’élargisse, vous devez vous rendre aux urgences dans les trois heures ».

Misha, blessé et assisté par les bénévoles de Secours Toulousain, lors de l’Acte XIV à Toulouse  – Crédits : Emmanuel Clévenot

Trois semaines plus tard, le musicien témoigne : « Ma coupure est arrivée jusqu’au tibia, une entaille de 5cm. J’ai eu 3 points de suture, on m’a anesthésié et je suis partis en béquille. Mais lundi matin, impossible de me lever ». Cloué au lit pendant trois jours, l’artisan commence tout juste à pouvoir se déplacer sans les béquilles. Malgré le recul, la douleur psychologiste reste intense : « J’ai été profondément choqué. J’ai fait des rêves pendant plusieurs jours où je me retrouvais dans la manifestation, face aux flics… J’étais terrorisé ! ». En attendant de pouvoir revenir manifester dans les rues toulousaines, Misha félicite l’engagement des « street medics » : « Ce qui m’a touché au cœur, c’est la rapidité de la solidarité mise en place ! ».

Un engagement qui s’avère utile aux sapeurs-pompiers

Derrière chaque gilet blanc se trouve un volontaire, plus ou moins formé aux gestes de premiers secours : « Il y a des infirmières, des aides-soignantes, beaucoup de gens du corps médical, et puis des bénévoles. Certains ont leur brevet de secouristes, d’autres sont en train de la passer… », précise Manolita avant d’ajouter, « Malheureusement, c’est comme dans une guerre, on se forme sur le terrain ».

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Equipe de secouristes volontaires rejoint par les sapeurs-pompiers de Toulouse pour soigner un blessé, Acte XIV – Crédits : Emmanuel Clévenot

Le travail de ces bénévoles, qui soignent chaque semaine plusieurs centaines de manifestants, se révèle fructueux. Un pompier de la caserne Genès Lougnon, à Toulouse, en témoigne : « Il n’y a pas forcément d’urgence, c’est de la bobologie généralement, donc ça soulage les pompiers qui peuvent se focaliser sur le secours d’urgence ».

Deux factions bien organisées, au combat commun

Comme Manolita, ils sont une vingtaine à se réunir sous la bannière Secours Toulousain. Un peloton bien organisé puisque chaque matin de manifestation, ces streetmedics se rassemblent dans le café Délirium, allée Jean Jaurès, où ils ont établi leur QG : « Ils nous ouvrent leurs portes, ce qui nous permet de faire nos checks, de préparer nos sacs et d’organiser nos équipes », explique Manolita.

Plus loin, un autre groupe tout à fait comparable s’affiche sous le nom de Secours Volontaire Toulouse. Avec sa longue blouse blanche, difficile de distinguer Diogène d’un prof de physique. Sa trousse de secours à la main, quatre de ses acolytes devant lui, il ferme la marche en bon chef de groupe : « Nos différences ? Il n’y en a pas vraiment… Deux énergies qui ont souhaité porter secours aux victimes ».

Diogène et son équipe, durant l’Acte XV à Toulouse – Crédits : Emmanuel Clévenot

Reste à dénicher le matériel médical indispensable à la prise en charge des blessés. Si la « gentillesse humaine », comme l’évoque Diogène, a permis dans un premier temps de collecter une importante quantité de compresses ou de désinfectants, les stocks commencent doucement à s’amenuiser. Un problème qui inquiète d’ores et déjà Manolita : « La cagnotte sur Facebook ne suffit plus. On achète beaucoup de choses avec notre argent, on se met presque tous à découvert ».