Au cœur du quartier de Bellefontaine, passé le périphérique de Toulouse, s’érige l’école régionale de la seconde chance. Chaque année, l’établissement accueille plus de 300 jeunes ayant quitté le système scolaire sans diplôme ni formation. Pendant 9 mois, chacun d’eux s’applique à retrouver le chemin de l’emploi.


Au premier regard, Marc Martin incarne bien le rôle du directeur d’école imposant. Mais derrière sa posture charismatique et sa poigne ferme, se dévoile rapidement un personnage souriant, chaleureux. A 58 ans, ce diplômé de philosophie dirige l’école régionale de la deuxième chance (ER2C) de Toulouse. Quand la région Midi-Pyrénées lui a proposé en 2002 de prendre en charge cet ambitieux projet, Marc Martin n’a pas hésité une seule seconde. « J’ai trouvé ça intéressant que, pour une fois, les pouvoirs publics mettent vraiment des moyens sur les jeunes qui en ont besoin. ».

 « Davantage d’avantages avantagent davantage ». Marc Martin s’amuse à comparer le système éducatif français à cette citation de Bobby Lapointe. A l’ER2C, on souhaite rompre avec l’appareil qui rejette les plus démunis. Chaque élève suit une formation individualisée. L’étape de la remise à niveau sur les savoirs de base, comme le français et les maths, précède celle de l’élaboration d’un projet professionnel. Les stages en entreprises, réalisés dans plus de 3.000 entreprises toulousaines, permettent de construire sereinement celui-ci. A terme, ce dispositif bienveillant doit permettre aux jeunes d’accéder à un emploi ou de poursuivre leur formation. « Nous n’avons pas vocation à emmener les jeunes vers un diplôme, mais bien à les emmener vers une suite de parcours qui permettra là d’aller vers un diplôme. » rappelle le directeur de l’établissement.

Des jeunes aux profils souvent similaires

Si l’ER2C accepte toutes personnes de 18 à 30 ans, n’ayant ni diplôme ni qualification et souhaitant se donner les moyens de réussir à se réinsérer dans le monde de l’emploi, différentes enquêtes statistiques ont démontré que le même profil de jeune revient régulièrement.

Sur le plan social, les jeunes qui poussent la porte de l’ER2C constituent un public très fragile. Si 40% d’entre eux habitent les quartiers populaires de Toulouse, près d’un tiers n’ont même pas de domicile fixe. Certains vivent en foyer d’urgence, d’autres au centre d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS). Au travail d’orientation professionnelle s’ajoutent donc les problématiques de logement, de santé, d’addiction…

Par ailleurs, 70% des élèves de l’ER2C ont un profil à dominante kinesthésique, c’est-à-dire qu’ils ont besoin de toucher, d’imiter, d’agir pour apprendre. En France, ces personnes sont largement minoritaires face aux auditifs et aux visuels. Marc Martin dénonce l’absence de prise en considération de ces derniers dans le système scolaire classique. « Ils ont besoin de bouger, pas de rester assis derrière une table, donc leur désamour de l’école apparaît très tôt. Mais, ils ne sont pas responsables de leur échec scolaire. »

Un tremplin vers le monde du travail

Originaire de Centrafrique, Oscar Birro-Réné débarque en France en 2006. Sa tentative d’intégrer un lycée général n’aboutit pas et il quitte alors le cursus scolaire pendant deux ans. Passé par l’ER2C, il travaille aujourd’hui pour Enedis comme technicien. « Quand je regarde mon parcours, ça fait chaud au cœur. Je suis maintenant marié, j’ai deux enfants, une maison. C’est quelque chose que je n’avais pas imaginé quand je suis arrivé en France. ».

Selon les statistiques réalisées par l’école, 70% des élèves accèdent à la réussite, autrement dit à un emploi ou une autre formation diplômante. Deux ans plus tard, ces derniers sont 85% à avoir conservé leur situation positive. Des chiffres rassurants qui confirment que la formation porte ses fruits dans le long terme. Forts de leurs connaissances, tous ces jeunes repartent avec dans leur poche, un « passeport pour la formation » valable tout au long de la vie…

Emmanuel CLEVENOT