Herbicide controversé, le glyphosate restera autorisé au sein de l’Union Européenne au moins jusqu’en 2022 pour les agriculteurs. En France, la question d’une interdiction nationale fait débat au sein du gouvernement. Les “contre” regrettent un manque d’alternatives aussi efficaces et peu onéreuses que le “Roundup” vendu par Monsanto. Alors, quelles options s’offrent aux agriculteurs souhaitant s’en séparer ?

Selon une étude sur les méthodes alternatives au glyphosate commandée par le Parti vert européen, il existe quatre grandes catégories de méthodes pour se séparer de l’herbicide : les pratiques préventives (mesures prises pour réduire la germination des mauvaises herbes), la surveillance (identification et observation tout au long de la cultivation), la lutte physique contre les mauvaises herbes (mécanique, physique) et le contrôle biologique. En découlent plus d’une dizaine de procédés permettant d’obtenir des résultats équivalents au produit classé “cancérogène probable” par le Centre international de recherche sur le cancer.

Parmi elles sont identifiées la rotation des cultures et la mise en place de cultures de couverture (les nutriments qu’elles laissent dans le sol sont absorbés par la culture suivante), la culture mixte (plantation de plusieurs plantes simultanément dans le même champ de sorte que les propriétés d’une plante facilitent la croissance de l’autre), une technique préventive de fausses semences ou de semences périmées afin de réduire la pousse des mauvaises herbes, la lutte biologique, les herbicides naturels… Le rapport d’étude indique que “la prévention vaut toujours mieux que le traitement”. Ce qu’il ne précise pas, c’est que si les agriculteurs français étaient les champions d’Europe d’achat d’herbicides en 2014, c’est parce que ces mesures ont un coût. Et pas des moindres.

COMBIEN COÛTENT LES ALTERNATIVES AU GLYPHOSATE ?

Là où le glyphosate coûte de 25 à 30€ l’hectare selon Bertrand Omon, conseiller à la Chambre d’agriculture de l’Eure interrogé par LesEchos, les méthodes alternatives présentées ci-dessus coûtent de 24 à 100€ par hectare. Les solutions à 25/30€ l’ha devant systématiquement être accompagnées d’une autre, la différence entre les deux factures laisse peu de place au doute aux agriculteurs. Pourtant, Delphine Dacosta (membre du groupement bio des agriculteurs de l’Ariège) nous affirme que « c’est toute la durabilité du système qui permet de fonctionner« . Selon elle, les alternatives ne coûtent pas plus cher au quotidien parce qu’elles s’appliquent moins régulièrement que le glyphosate.

Une affirmation qui coincide avec un rapport de l’INRA (l’Institut National de la Recherche Agronomique) commandé par le gouvernement en 2017. Celui-ci indique que ces leviers “sont possibles et même économiquement viables” mais nécessitent d’outre-passer des freins tels que l’impact économique et le temps de travail, les évolutions du parc matériel, de la motorisation, des automatismes ou encore les modalités d’installation des cultures pérennes. Ce travail de recherche annonce aussi que “la sortie du glyphosate doit donc se faire sur une échelle de temps qui prend en compte la mise en oeuvre de ces techniques alternatives”. C’est peut-être la raison pour laquelle Emmanuel Macron avait annoncé en décembre 2017 sur Twitter laisser 3 ans au gouvernement pour interdire le produit, avant de faire marche arrière il y a quelques jours.

En attendant une interdiction et la mise en place d’une alternative plus responsable et aux rendements équivalents, les agriculteurs peuvent se tourner vers l’agriculture biologique pour justifier le prix des produits auprès des consommateurs et bénéficier d’aides des régions ou de l’Etat et du crédit d’impôt bio.

Melvin Gardet